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Cyril MdC et Manon Cln

Culture & Loisirs

Couleur Café, que j’aime ton festival café

Du 30 Juin au 2 Juillet derniers, Bruxelles nous a donné à voir ses plus belles nuances de sons et d’exotisme pour la 28e édition du festival Couleur Café, un modèle du genre par son ouverture au monde et sa philosophie.

Culture & Loisirs
Rédigé par
Manon Collin & Cyril Meniolle de Cizancourt
Article publié le
26/12/17

Couleur Café rassemble chaque année près de 70 000 personnes. Il est de ces acteurs culturels que toute ville envie, au point d’intervenir pour sa sauvegarde et son développement, comme Bruxelles a d’ailleurs su le faire récemment. Couleur Café a longtemps pris ses quartiers à Tour & Taxis, une zone industrielle en pleine reconversion devenue l’une des friches les plus gigantesques et donc incontournables du Bruxelles culturel et événementiel. Se sentant contraint par les travaux, parfois à l’étroit et désireux de se confronter à de nouveaux défis, le festival s’est installé pour la première fois cet été dans le somptueux Parc d’Osseghem, au pied de l’Atomium, monument le plus emblématique de Belgique. Ce grand déménagement a semble-t-il permis au projet de reprendre des couleurs et de revenir à ses fondamentaux : se distinguer par une programmation « world » très éclectique (hip-hop, soul, funk, latin, jazz, reggae, …), s’ouvrir aux formes d’expression artistique les plus diverses (arts de rue, artisanat, gastronomie, …) et s’approprier l’espace pour le rendre accessible à tous, de la manière la plus inspirante qui soit. Il est rare de pouvoir profiter pleinement de tous les recoins d’un festival. Couleur Café fait preuve, grâce à ce nouveau format, d’une ingéniosité difficilement égalable en termes d’aménagement du site (transats, tables de picnic, hamacs, poufs, palettes et autres exemples de récupération), de gestion de la foule et de convivialité.

Parc d’Osseghem, Couleur Café 2017 - Lieux de détente et animations en tout genre accueillent les festivaliers.Crédit : Manon Collin

Trois jours, trois scènes et demi (Red, Green, Blue et Electro), des animations incessantes : les festivaliers sont constamment en alerte. La plupart se délecte des belles têtes d’affiche qui ponctuent le weekend de rendez-vous immanquables (Patrice, -M- Lamomali, Orishas, Birdy Nam Nam, Toots & the Maytals, Emir Kusturica & the Non-Smoking Orchestra, The  Roots, Alpha Blondy, Damian Marley, Deluxe, etc.). Mais le festival nous offre aussi de très belles découvertes, lui qui semble toujours mettre un point d’honneur à braquer les projecteurs sur la scène émergente, qu’elle soit locale ou internationale (Princess Nokia, Soom T, Romeo Elvis, Caballero et JeanJass, Coely, Demi-portion, Yaniss Odua, Flavia Coehlo, Vald, pour donner quelques exemples…).

‍Red Stage Couleur Café, NIVEAU 4 (Sélection Hip Hop Belge) – Samedi 1e Juin 2017Crédit : Cyril MdC

Une programmation pour tous les goûts et qui n’a pas manqué de retenir notre attention. Si la qualité du son sur les différentes scènes est parfois inégale, on salue tout de même les moyens mis en œuvre. La grande scène (Red) est quant à elle irréprochable, tant par ses dimensions que par la qualité du mix et du volume en façade, qui font honneur aux artistes de renom invités à inaugurer le nouveau format. A commencer par notre coup de cœur, l’immanquable Mathieu Chedid  - M - et son magnifique projet Lamomali. Vous êtes comme nous, vous l’aurez vu partout, absolument partout ces dernières semaines, et même si le matraquage nous laisse parfois pantois, la campagne de com’ se justifie ici par la qualité du projet et le professionnalisme d’un - M - devenu grand manitou. Le live tient toutes les promesses d’un album qui deviendra certainement un tournant important dans la carrière déjà bien fournie de cet artiste iconoclaste, surprenant et innovant à tous égards. Mathieu Chedid, l’un des plus grands guitaristes et mélodistes français, véritable chef d’orchestre, rend un hommage saisissant au Mali, à une culture séculaire, intime et flamboyante, et surtout à l’âme de ce pays qui se relève encore doucement de périodes troubles. La kora et les voies se mêlent dans une virtuosité harmonique quasi-transcendantale, relevée sans complexes et aux moments opportuns d’une touche de modernité. - M - n’hésite pas à accompagner ses invités prestigieux de lignes de basses funkies, de kiks explosifs et d’arrangements électros. Le grand Toumani Diabaté et son fils Sidiki, respectivement 71 et 72e générations de grios et véritables ambassadeurs de la musique traditionnelle d’Afrique de l’Ouest, nous instruisent à chaque instant de leur savoir-faire et de leurs émotions. Les vocalises et les danses de la lumineuse Fatoumata Diawara finissent de nous transporter vers des horizons plus que jamais accessibles, grâce à la dévotion et à la passion d’un Mathieu Chedid, touchant et explosif à la fois.

Un autre grand moment de cette programmation fut sans conteste l’apparition de Toots & the Maytals sur la grande scène. Pour tous les nostalgiques du reggae roots, du rocksteady et des authentiques jamaican vibes, il s’agissait bien sûr d’un incontournable. Certes, 60 ans de carrière internationale, ça laisse des traces. Et Tootsy porte bien ses 75 printemps. Mais après une bonne demi-heure de chauffe, on est surpris par l’énergie déployée et comblé par la communion enfin retrouvée avec un public pourtant exigeant. Les tubes s’enchaînent (Pressure Drop, 54-46 Was My Number, Monkey Man, etc.), le set est maîtrisé et on est heureux de pouvoir apprécier dans de telles conditions les morceaux qui ne nous ont jamais réellement quitté depuis notre adolescence.

‍Green Stage Couleur Café, Birdy Nam Nam – Vendredi 30 Juin 2017Crédit : Cyril MdC

Birdy Nam Nam, un nom qui lui aussi aura marqué les mémoires. Les multiples champions du monde de DJing tournent cette année dans une formule amoindrie (DJ Pone ayant quitté le groupe en 2014), précédés par une réputation qui n’est plus à faire. Si vous avez la chance de les croiser cet été en festival, ne vous attendez pas aux tubes planétaires. Seule Parachute Ending vient clore dans une version revisitée un set millimétré, boosté par la saturation, les samples percussifs et la virtuosité du scratch. Bref, une dose d’énergie comme on les aime en fin de soirée festivalière.

Un festival, c’est bien sûr une programmation, mais c’est aussi un environnement et une logistique. Là-dessus, il convient également de saluer Couleur Café et son effectif infini de bénévoles pour la tenue de l’évènement, surtout pour une première fois sur site. Ils sont partout, les t-shirts colorés quadrillant l’espace et prodiguant conseils et informations. Ils accueillent, ils sensibilisent, ils ramassent les mégots et les gobelets. Un bel effort - si ce n’est citoyen, en tout cas solidaire - et c’est beau à voir.

L’été débute à peine, la tournée des festivals belges avec, et voici donc un premier coup de cœur. Le pass trois jours représente certes un investissement (ca. 80 €), mais cela reste tout à fait convenable au regard de l’offre, du cadre et des prix pratiqués dans le secteur. L’ambiance est au rendez-vous, les gens ont su respecter les lieux, la communication est irréprochable. Un bravo s’impose, doublé d’un merci, triplé d’un big up !

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